Publié le 15 janvier 2024

Passer au 100% vélo à Dijon en s’inspirant de Strasbourg est bien plus qu’un rêve, c’est un projet de vie réaliste et rentable.

  • Le succès repose sur l’adoption d’une « culture vélo » personnelle (équipement, mentalité), dépassant les limites actuelles de l’infrastructure.
  • Créer activement sa communauté et comprendre les énormes économies cachées de l’automobile sont les deux multiplicateurs de ce changement de vie.

Recommandation : L’action clé est de commencer dès maintenant en se voyant comme un pionnier qui transforme la ville, plutôt que d’attendre des infrastructures parfaites.

Vous fermez les yeux et vous y êtes : des flots de vélos qui glissent en silence, des enfants en sécurité dans des vélos cargos, des parkings à étages dédiés aux deux-roues… Cette image, c’est Strasbourg, la capitale française du vélo. Et puis vous ouvrez les yeux, et vous êtes à Dijon. Une ville magnifique, mais où le réflexe voiture semble encore si ancré. La question vous brûle les lèvres : est-ce une utopie de vouloir vivre ici ce rêve alsacien ? Peut-on vraiment tout faire à vélo, tous les jours, à Dijon ?

La réponse habituelle est nuancée. On vous parlera des efforts de la métropole, des pistes qui se développent, mais on pointera aussi les freins : un relief plus marqué qu’en plaine d’Alsace, une « culture vélo » moins installée, des infrastructures encore en devenir. Beaucoup concluent qu’il faut attendre, que la ville n’est pas « prête ». C’est une vision passive des choses, une vision où l’on subit l’aménagement urbain.

Et si la véritable clé n’était pas d’attendre que Dijon devienne Strasbourg, mais de décider de vivre « à la strasbourgeoise » dès aujourd’hui ? Cet article adopte un angle radicalement projectif. L’enjeu n’est pas seulement technique ou infrastructurel, c’est une décision personnelle qui enclenche une transformation culturelle. Nous allons déconstruire le modèle strasbourgeois non pas comme une cible lointaine, mais comme une feuille de route applicable ici et maintenant. Oubliez l’attente, devenez le pionnier.

Pour vous guider dans cette transition, nous avons structuré ce guide en huit étapes clés. Chaque section aborde un défi ou une opportunité concrète, en comparant systématiquement la situation dijonnaise au modèle strasbourgeois pour en tirer des leçons pratiques et des actions immédiates. Du défi logistique du vélo cargo à l’analyse fine de votre retour sur investissement, voici votre plan pour devenir un acteur du changement.

Pourquoi le vélo cargo peine-t-il à percer à Dijon comparé à Strasbourg ?

La vision d’une famille se déplaçant en vélo cargo est l’un des symboles les plus forts de la culture vélo strasbourgeoise. À Dijon, ce spectacle est plus rare. La première explication, évidente, est l’infrastructure. Une analyse comparative des réseaux cyclables montre un écart significatif, avec environ 600 km de pistes cyclables à Strasbourg contre 340 km à Dijon. Un réseau plus dense et sécurisé à Strasbourg rassure naturellement les parents pour transporter leurs enfants.

L’autre défi est topographique. Le relief dijonnais, bien que modéré, présente des côtes qui peuvent décourager l’usage d’un vélo lourdement chargé, contrairement à la topographie parfaitement plate de Strasbourg. C’est un frein psychologique et physique non négligeable.

Représentation du relief contrasté entre Dijon vallonnée et Strasbourg plate pour l'usage du vélo cargo

Pourtant, cette analyse ne doit pas être une fatalité. L’avènement du Vélo à Assistance Électrique (VAE) change radicalement la donne. Un VAE cargo annule l’effort dans les montées et transforme le transport de charges (courses, enfants) en une simple formalité. À Strasbourg, où l’on estime qu’entre 100 et 200 familles sont déjà équipées, le mouvement est lancé, prouvant que le principal obstacle devient le coût d’acquisition (entre 1500€ et 2500€) et le stationnement résidentiel, des défis similaires à Dijon. Le véritable enjeu est donc de percevoir le cargo non comme un vélo, mais comme un substitut de voiture, dont le coût est infiniment moindre.

Comment les Strasbourgeois continuent-ils de rouler par -5°C (et comment faire pareil) ?

Le froid est souvent l’excuse numéro un pour laisser le vélo au garage. Pourtant, l’Office de Tourisme de Strasbourg est formel dans son guide officiel de la capitale française du vélo :

16% des actifs strasbourgeois utilisent le vélo pour aller au travail, été comme hiver.

– Office de Tourisme de Strasbourg, Guide officiel de la capitale française du vélo

Ce chiffre prouve que rouler par temps froid n’est pas une pratique de niche, mais une habitude ancrée. Le secret n’est pas une résistance surhumaine au froid, mais une simple question de technique et de mentalité. L’approche la plus efficace est celle des trois couches, une méthode d’ingénierie personnelle que tout cycliste dijonnais peut adopter :

  • Couche 1 (Base) : Un vêtement respirant (laine mérinos ou synthétique technique) collé à la peau. Son rôle n’est pas de tenir chaud, mais d’évacuer la transpiration pour rester au sec.
  • Couche 2 (Isolation) : Une couche intermédiaire qui emprisonne la chaleur, comme une polaire fine ou une veste softshell. Elle doit être modulable pour s’adapter à l’intensité de l’effort.
  • Couche 3 (Protection) : Une veste coupe-vent et imperméable mais respirante. C’est votre bouclier contre les éléments extérieurs (pluie, neige, vent).

La clé du succès est d’accepter d’avoir légèrement froid pendant les cinq premières minutes du trajet. C’est le signe que vous ne serez pas en surchauffe après dix minutes d’effort. La priorité absolue reste la protection des extrémités : des gants de qualité (voire des sous-gants fins), un bonnet sous le casque et des sur-chaussures sont les meilleurs investissements pour un hiver confortable à vélo.

Parking vélo : ce que Dijon doit apprendre des silos à vélos de la gare de Strasbourg

La question du stationnement est le nerf de la guerre pour un usage quotidien du vélo. Où laisser son précieux VAE pendant une journée de travail ou lors d’une correspondance en train, à l’abri du vol et des intempéries ? Sur ce point, la comparaison entre Dijon et Strasbourg est particulièrement éclairante. Le réseau Vélhop strasbourgeois ne se contente pas de proposer des vélos ; il a construit un écosystème complet autour du stationnement sécurisé, notamment avec ses fameux silos et Véloparcs.

Le tableau suivant met en lumière l’approche systémique de Strasbourg, qui favorise une intermodalité fluide que Dijon commence tout juste à esquisser. Cette comparaison, basée sur les données des services de mobilité des deux villes, montre un modèle intégré à suivre.

Comparaison des infrastructures de stationnement vélo
Critère Strasbourg Dijon
Système de vélos en libre-service Vélhop : 6000 vélos disponibles DiviaVélodi : réseau plus limité
Parkings sécurisés Réseau Véloparc avec silos Arceaux principalement
Stationnement gare Silo dédié grande capacité Stationnement classique
Maillage territorial Parkings aux nœuds de transport En développement

Ce que ce tableau révèle, c’est une différence de philosophie. Strasbourg a compris que pour convaincre les gens d’abandonner leur voiture, il faut offrir un niveau de service, de sécurité et de praticité équivalent. Les Véloparcs, accessibles par abonnement 24/7, sont la pierre angulaire de ce système. Ils permettent de combiner vélo et train ou tram en toute sérénité. Dijon, avec ses arceaux, répond au besoin de stationnement de courte durée mais peine encore à proposer une solution robuste pour le stationnement pendulaire ou résidentiel, un frein majeur à l’adoption de vélos de valeur.

L’erreur de croire qu’on est seul à vélo : comment trouver sa communauté à Dijon ?

L’un des plus grands freins psychologiques au changement est le sentiment d’isolement. « Personne ne fait ça », « Je vais être le seul à arriver trempé au bureau »… Ces pensées sont des barrières puissantes. Pourtant, à Dijon, une communauté cycliste dynamique et engagée existe et ne demande qu’à grandir. L’erreur est de ne pas savoir où la trouver. Le moteur de cette communauté est sans conteste l’association EVAD (Ensemble à vélo dans l’agglomération dijonnaise). Récemment redynamisée par un nouveau conseil d’administration et soutenue par une maire, Nathalie Koenders, elle-même cycliste, l’association prépare activement un plaidoyer pour faire du vélo un enjeu majeur des municipales de 2026. Se rapprocher d’EVAD, c’est rejoindre le cœur du réacteur.

Mais la communauté ne se résume pas à une seule association. Elle se tisse au quotidien, à travers une multitude de points de contact. Créer son « effet de réseau » personnel est la stratégie la plus efficace pour rester motivé. Il ne s’agit pas d’attendre que les autres viennent à vous, mais d’aller activement à la rencontre de vos pairs. Voici une feuille de route pour construire votre propre écosystème cycliste à Dijon.

Votre plan d’action : créer votre noyau communautaire cycliste à Dijon

  1. Participer aux grands événements : Marquez votre calendrier pour le Vélotour annuel de Dijon, qui rassemble près de 5000 participants. C’est le meilleur endroit pour sentir la force du nombre.
  2. Rejoindre les hubs numériques : Intégrez les groupes Facebook comme « Vélotaf Dijon » pour poser des questions pratiques, partager des itinéraires et trouver des conseils.
  3. Fréquenter les lieux-totems : Passez du temps dans les ateliers d’autoréparation comme La Bécane à Jules. Vous y apprendrez la mécanique et rencontrerez des passionnés.
  4. Initier des micro-projets : Lancez un Pédibus ou un Vélobus pour accompagner les enfants de votre quartier à l’école. C’est un moyen concret de créer du lien et de sécuriser les trajets.
  5. Agir au niveau professionnel : Créez un canal « vélotaf » sur le Slack ou le Teams de votre entreprise pour échanger avec vos collègues et organiser des trajets groupés.

En devenant un nœud actif de ce réseau, vous ne faites pas que trouver du soutien : vous devenez une source d’inspiration pour les autres, accélérant ainsi le changement culturel que vous souhaitez voir.

Quand Dijon atteindra-t-elle les 15% de part modale vélo de Strasbourg ?

La part modale, ce pourcentage de trajets effectués à vélo, est l’indicateur ultime du succès d’une politique cyclable. Et sur ce point, le fossé est immense. Selon les dernières données de part modale vélo, Strasbourg caracole avec environ 12% (et même 15-16% en hypercentre), tandis que Dijon stagne autour de 3%. L’objectif affiché par la métropole dijonnaise est d’atteindre 12% d’ici 2030. Un objectif ambitieux, peut-être trop, comme le suggère une analyse récente.

En effet, le réseau Vélo & Territoires a récemment tiré la sonnette d’alarme sur une stagnation de la pratique au niveau national. Dans son bulletin de 2024, l’organisme souligne :

Face à une telle perte de dynamique, l’objectif de 12% de part modale vélo en 2030 semble de moins en moins réaliste.

– Vélo & Territoires, Bulletin de fréquentation vélo 2024

Faut-il pour autant être pessimiste ? Pas forcément. Il faut voir la situation à travers le prisme de la courbe d’adoption des innovations. Cette courbe, souvent en forme de « J », montre une phase de démarrage lente (les « innovateurs » et « adopteurs précoces ») suivie d’une explosion exponentielle lorsque la masse critique est atteinte.

Visualisation de la courbe en J de l'adoption du vélo urbain montrant la phase actuelle de Dijon

Strasbourg a déjà passé ce point de bascule. Dijon, avec ses 3%, se situe probablement juste à la fin de la phase de démarrage, au pied de la montée verticale. Chaque nouvel habitant qui, comme vous, décide de devenir un pionnier cycliste, n’ajoute pas seulement « 1 » au compteur. Il contribue à normaliser la pratique, à la rendre plus visible, et à rapprocher la ville du point de bascule. La question n’est donc pas seulement « quand », mais « comment accélérer » ? La réponse est simple : en commençant aujourd’hui.

Combien économisez-vous vraiment par mois en remplaçant la voiture par un VAE + abonnement bus ?

Au-delà du plaisir et des bénéfices pour la santé, le passage au tout vélo est avant tout une décision financièrement très intelligente. Pour le démontrer, il faut sortir des estimations et faire un calcul rigoureux du coût total de possession (TCO). Beaucoup sous-estiment drastiquement le coût réel de leur voiture. Nous avons comparé le coût mensuel d’une petite voiture d’occasion typique à Dijon avec une solution d’écomobilité réaliste : la location longue durée d’un VAE cargo proposée par DiviaMobilités (30€/mois) couplée à un abonnement de bus pour les jours de météo extrême ou les longs trajets.

Le tableau ci-dessous, basé sur les tarifs locaux et des moyennes nationales pour l’entretien, révèle un écart spectaculaire. Il ne s’agit pas de quelques dizaines d’euros, mais d’une transformation complète de votre budget.

TCO mensuel : Voiture vs VAE + Abonnement Divia
Poste de dépense Voiture (occasion) VAE + Bus
Amortissement/Location 250€ 30€ (VAE cargo)
Assurance 85€ 5€
Carburant/Énergie 120€ 3€
Entretien 60€ 25€
Stationnement Dijon 90€ 0€
Abonnement Divia 0€ 35€
Total mensuel 605€ 98€
Économie mensuelle 507€

Le résultat est sans appel : plus de 500 euros d’économies chaque mois. Ce n’est plus un simple budget, c’est un budget de libération. Cette somme peut être réallouée à des projets de vie, des loisirs, de l’épargne ou des investissements. La voiture n’est pas seulement un moyen de transport, c’est un des postes de dépenses les plus lourds pour un ménage. S’en libérer, c’est s’offrir une nouvelle marge de manœuvre financière considérable. Et ce calcul, comme nous allons le voir, est encore conservateur.

Pourquoi oublie-t-on souvent l’usure des pneus et la décote dans le calcul auto ?

Le calcul précédent, déjà impressionnant, omet volontairement les coûts les plus pervers de l’automobile : les coûts discontinus et la décote. Ces « dépenses fantômes » ne sont pas mensualisées, ce qui les rend invisibles au quotidien, mais elles pèsent énormément sur le budget global. La plus importante est la décote, c’est-à-dire la perte de valeur de votre véhicule. C’est le premier poste de dépense, loin devant le carburant. Pour une simple Clio neuve de 20 000€, d’après les calculs de coût total de possession, la décote peut représenter jusqu’à 300€ par mois sur les trois premières années.

Ensuite viennent les grosses réparations et l’entretien majeur, des bombes à retardement financières que l’on a tendance à oublier jusqu’à ce que la facture tombe. Voici une liste non exhaustive de ces coûts que tout automobiliste finit par rencontrer :

  • Usure des pneus : Un budget de 400 à 600€ tous les 40 000 kilomètres en moyenne.
  • Courroie de distribution : Une intervention majeure coûtant entre 600 et 900€ tous les 100 000 km environ.
  • Embrayage : Particulièrement sollicité en ville, son remplacement peut coûter de 800 à 1200€.
  • Freins complets (disques et plaquettes) : Une dépense de 300 à 500€ tous les 30 000 km pour un usage urbain.

En lissant ces frais, on ajoute facilement 100 à 150 euros de plus au coût mensuel réel de la voiture. En face, les coûts d’un VAE sont dérisoires : un budget annuel de 300€ couvre l’entretien, les petites réparations et le remplacement des consommables (pneus, freins). L’oubli de ces coûts cachés est la principale raison pour laquelle la plupart des gens sous-estiment massivement les économies réalisables en passant au vélo.

À retenir

  • Vivre à vélo à Dijon est moins une question d’attendre l’infrastructure parfaite qu’une décision personnelle de devenir un pionnier de la culture vélo.
  • La force de la communauté (associations, événements, groupes en ligne) est un multiplicateur essentiel pour rester motivé et surmonter le sentiment d’isolement.
  • L’analyse financière complète, incluant les coûts cachés comme la décote et les grosses réparations, révèle des économies mensuelles de plus de 500€, transformant ce choix en une décision économique majeure.

Quel est le véritable retour sur investissement de l’écomobilité à Dijon ?

Nous avons parlé culture, équipement, communauté et finances. Il est temps de synthétiser et de répondre à la question finale : quel est le véritable retour sur investissement de ce changement de vie ? Comme le souligne Marie Stephan, référente vélo à l’ADEME, le changement a un impact systémique :

80% des trajets du quotidien sont déterminés par le transport domicile/travail. Changer ce trajet peut avoir un effet domino sur le reste des habitudes.

– Marie Stephan, ADEME – Référente vélo

Le ROI est donc bien plus large que la simple économie mensuelle. D’un point de vue purement financier, le calcul est rapide. Une étude sur le schéma directeur cyclable de Dijon montre qu’avec un VAE de qualité coûtant 2000€ (après subvention locale) et un coût d’entretien annuel de 300€, l’investissement est rentabilisé en moins de deux ans, uniquement en comparant aux frais fixes d’une voiture (assurance et parking, qui dépassent souvent 1000€ par an à Dijon) avant même de compter le carburant et l’entretien auto !

Mais le « véritable » retour sur investissement est holistique. C’est un gain sur tous les tableaux :

  • ROI Financier : Des centaines d’euros économisés chaque mois, libérant un « budget de libération ».
  • ROI Santé : Une activité physique quotidienne intégrée sans effort dans votre routine, avec des bénéfices prouvés sur le stress et la santé cardiovasculaire.
  • ROI Temps : Fini le temps perdu dans les embouteillages ou à chercher une place de parking. Le temps de trajet à vélo est fiable et prévisible.
  • ROI Social : Une reconnexion à votre ville, à votre quartier, et la construction d’un nouveau réseau social autour d’une passion commune.

Vivre « à la strasbourgeoise » à Dijon n’est donc pas une imitation, mais une adaptation intelligente et profondément rentable. C’est un investissement en vous-même et en la ville que vous voulez voir advenir.

Alors, prêt à devenir l’un des pionniers qui feront basculer Dijon dans une nouvelle ère de mobilité ? L’aventure commence par votre prochain trajet, non pas en attendant la piste cyclable parfaite, mais en la réclamant par votre simple présence sur la chaussée. C’est votre vote quotidien pour une ville plus apaisée, plus saine et plus humaine.

Rédigé par Laurent Laurent Durieux, Urbaniste qualifié spécialisé en aménagements cyclables et mobilités actives au sein de la métropole dijonnaise. Fort de 15 ans d'expérience dans la planification urbaine, il maîtrise parfaitement le Code de la route, les spécificités de la voirie locale et les enjeux de sécurité routière en milieu urbain.